Mémoire demandant une restriction à la navigation sur la Chaîne des Lacs
ayant pour but d’abolir les moteurs à propulsion mécanique à essence

Présenté par l’Association des Riverains de la Chaîne des Lacs

Rédigé par : Signé par :
René Biron Richard Bousquet, Président
Richard Bousquet  
Claude Nadeau  
Richard Régimbald  

Le 25 mai 2006

 

1.0 L’Association des Riverains de la Chaîne des Lacs


L’Association des Riverains de la Chaîne des Lacs est une association dûment constituée par une charte provinciale qui représente actuellement en 2006, un regroupement de plus de 162 membres.
Le conseil d’administration de l’Association a reçu démocratiquement des membres présents qui se sont exprimés par un vote majoritaire lors de son assemblée générale tenue le 26 juin 2005 le mandat « d’entreprendre les démarches nécessaires pour abolir la présence de bateaux propulsés par des moteurs à essence sur l’ensemble des lacs couverts par la Chaîne des Lacs ».
C’est dans cette perspective que l’Association des Riverains de la Chaîne des Lacs présente aujourd’hui ce mémoire auprès de la municipalité du Canton d’Orford dans l’optique que cette dernière puisse faire les représentations auprès de Transports Canada afin d’établir une réglementation plus conforme aux volontés actuelles des riverains et ainsi obtenir que les bateaux propulsés par un moteur à essence soient prohibés sur l’ensemble des plans d’eau de la Chaîne des Lacs.
Il existe particulièrement deux problématiques à la Chaîne des Lacs en relation avec les bateaux propulsés par un moteur à essence:
• En premier lieu, le volet sécurité sur nos petits plans d’eau;
• En second lieu, le volet environnement.


2.0 Géographie et configuration générale des plans d’eau de la Chaîne des Lacs

2.1 Géographie et configuration générale


2.1.1 Schéma des lacs
Pour bien comprendre et expliquer ces deux problématiques, il nous semble important de décrire ici la géographie et la configuration générale de nos lacs.
La Chaîne des Lacs compte quatre lacs identifiés comme suit:

• Lac Bran de Scie
• Lac Leclerc
• Lac des Monts
• Lac Simoneau
Dans les faits, ces quatre petits lacs forment une chaîne accessible entre eux par de petits chenaux peu profonds.
Afin de mieux visualiser la géographie de ces lacs, nous produisons ci-après une carte qui indique les principales caractéristiques. Pour fins de référence, une copie de ce plan à plus grande échelle, produit par le Ministère des richesses naturelles du Québec, est jointe en annexe 1.

VUE AÉRIENNE DE LA CHAÎNE DES LACS



On peut constater sur la carte que l’exutoire de la Chaîne des Lacs se situe au sud des lacs Leclerc et des Monts et porte le nom de rivière aux Herbages. La profondeur de ce petit cours d’eau varie de moins de 2 mètres en son point le plus profond pour atteindre 0,6 mètre sur une bonne portion de son lit. Par conséquent, la navigation est difficile, sauf en ponton, canot, kayak ou par un bateau moteur seulement si nous avons la possibilité de hausser le moteur lorsqu’il est en marche.
Il importe aussi de mentionner que le rapport SAGE, produit par l’organisme Rappel en 2006, souligne que : «le lac Leclerc se comporte davantage comme une rivière plutôt que comme un lac parce qu’il n’est pas très large», soit environ 150 mètres en son point le plus large.
En regardant cette carte, nous sommes aussi à même de constater que, sauf exception pour le lac Simoneau, les autres lacs sont peu profonds et présentent des pentes du littoral peu abruptes.
Quant au passage liant les lacs Simoneau et Leclerc, il est très étroit pour ne laisser passer qu’une embarcation à la fois. Il est aussi peu profond et lors de la saison sèche son niveau d’eau est de moins de 1,2 m de profondeur
Les dimensions physiques ainsi que la profondeur de ces lacs sont décrites au tableau suivant. (Ce tableau prend sa source dans le rapport du programme SAGE 2006 du RAPPEL et déposé en annexe 2 de ce rapport)


2.1.2 Dimensions et profondeurs des lacs

Les lacs des Monts, Leclerc et Bran de scie présentent une très faible profondeur moyenne ce qui les rend plus sensibles aux apports en sédiment et à la prolifération des plantes aquatiques.


2.2 Réglementation actuelle concernant la vitesse permise sur nos lacs
2.2.1 Vitesse permise
Il existe actuellement une réglementation limitant à 10 km/h la vitesse sur le lac Leclerc. Toutefois, la vitesse permise sur les autres lacs tels que Bran de scie, des Monts et Simoneau est de 10 km/h dans les premiers 30 mètres de la rive et 40 km/h au centre. Le tableau ci-après montre clairement la réglementation actuelle.

Nous produisons ci-après des photos des panneaux de signalisation pour chacun des panneaux types qui se trouvent localisés à l’entrée de chaque lac. Ces panneaux sont bien visibles et localisés de façon judicieuse pour fournir aux utilisateurs la réglementation applicable sur chacun des lacs, sauf pour celui du lac des Monts à cause de la crue printanière.

Lac Simoneau
Lac des Monts
Lac bran-de-Scie
Lac Leclerc

 

Considérant la réglementation actuellement en vigueur et tenant compte de la très faible profondeur du lac des Monts sur la majeure partie de sa superficie ainsi que de la présence de plantes aquatiques sur une très grande partie de son étendue, nous nous questionnons sur la pertinence d’autoriser une vitesse supérieure à 10 km/h, à tout le moins sur ce lac. D’ailleurs, dans la pratique, la majorité des riverains de ce lac préfèrent circuler sur les autres lacs de la Chaîne des Lacs avec leurs embarcations propulsées par un moteur à essence.


2.2.2 Temps de parcours pour traverser les lacs
Afin d’avoir une meilleure perception concernant la dimension de nos lacs et la vitesse actuellement permise à l’extérieur de la bande de 30 mètres des rives, nous avons effectué un calcul sommaire des temps requis par une embarcation propulsée par un moteur à essence circulant à une vitesse moyenne de 40 km/h pour traverser la zone où cette vitesse est permise sur les lacs des Monts, Simoneau et Bran de scie.
Notre hypothèse de calcul prend en considération qu’il n’est pas souhaitable, du point de vue environnemental, de circuler à une telle vitesse dans les zones où la profondeur est de 1,5 m ou moins.
Nous avons donc soustrait ces zones de faible profondeur de nos calculs ainsi que les portions des bandes riveraines de vitesse réduite.
Nous avons considéré deux largeurs de bande:

• Une bande de 30 mètres tel que la réglementation actuelle l’exige;
• Une bande de 100 mètres qui est, selon nous, une distance minimale de la rive permettant la pratique sécuritaire d’activités nautiques douces telles le canotage, la natation, etc. qui pourraient interférer avec les embarcations propulsées par moteur à essence.
Nos calculs ont aussi exclus le temps d’accélération, celui de la décélération et les impacts de la longueur de cordage requis pour la pratique du ski nautique. Ces contraintes ne feraient que diminuer le temps de parcours.

Ce tableau indique de façon non équivoque, que le temps requis à une vitesse constante de 40 km/h pour traverser chacun de nos lacs dans le sens de la longueur ou de la largeur se compte en termes de secondes et non en termes de minutes. En effet, le temps de parcours varie de 23 secondes pour traverser le lac Bran de scie ou des Monts dans le sens de la largeur et jusqu’à un maximum de 100 secondes dans le sens de la longueur pour le lac Simoneau. Or, certaines des embarcations présentes sur nos lacs dépassent souvent cette vitesse de 40 km/h, réduisant d’autant le temps requis pour atteindre l’autre rive. Dans cette perspective et tel que précédemment démontré, sur nos petits lacs et à ces vitesses, il est impossible de conserver une ligne droite assez longtemps pour pratiquer de façon sécuritaire le sport de ski nautique.
En plus, le précédent calcul fait abstraction de la longueur de la corde requise par le skieur, du temps de décélération avant d’atteindre la ligne des 30 mètres et même de la faible largeur des lacs à certains endroits. Toutes ces restrictions font en sorte que la pratique de cette activité sur nos lacs ne peut se faire que si les embarcations empiètent sur la bande de 30 mètres et que leurs trajets soient sinueux, voire même devant tourner en rond.
Fort de ces constats qui tiennent compte de la superficie de nos lacs, de leur profondeur et de la vitesse maximale de 10 km/h autorisée sur une bande correspondante aux 30 premiers mètres, nous pouvons affirmer que nos lacs ne peuvent accommoder adéquatement et, de façon sécuritaire, la pratique des activités de ski nautique et la traîne de pneumatique gonflable, lesquelles requièrent souvent une vitesse supérieure à 40 km/h.
De plus, si nous excluons le lac Leclerc dont la vitesse maximale permise est actuellement limitée à 10 km/h par une réglementation ainsi que le lac des Monts dont la surface de l’eau est en très grande partie envahie par des plantes aquatiques, il ne reste que le lac Simoneau pouvant, sous réserve, accommoder la circulation de bateaux de plaisance à une vitesse supérieure à 10 km/h., car le lac Bran de Scie a une superficie très restreinte et une faible profondeur du côté ouest.
De plus, ces considérations font abstraction des impacts sur le plan environnemental créés par le brassage des fonds marins qui sont causés par les hélices ainsi que ses effets sur les berges occasionnés par les vagues.


2.3 Activités nautiques actuellement pratiquées sur nos lacs


2.3.1 Activités nautiques pratiquées
Pour ce qui est des activités nautiques pratiquées sur nos lacs, nos riverains ne sont pas tellement différents des riverains des autres plans d’eau du Québec.
Sans avoir effectué un sondage exhaustif sur les sports nautiques pratiqués sur nos lacs, nous pouvons affirmer que la plupart des activités nautiques courantes y sont pratiquées. Les activités, faisant usage d’un bateau à moteur à essence, les plus fréquemment pratiquées sont la pêche, les promenades en ponton ou la randonnée en bateau moteur. On y pratique également le ski nautique, la traîne de pneumatique gonflable et la motomarine. Ces activités sont aussi occasionnellement pratiquées par les visiteurs des propriétaires riverains ou encore par des étrangers qui empruntent la descente publique du lac des Monts.
Quant au volet des activités douces lesquelles sont respectueuses de l’environnement, nous avons répertorié la natation, le canotage, le kayak, le pédalo ainsi que la voile en dériveur ou sur planche et finalement la navigation à l’aide de moteur électrique.

On peut aussi affirmer que, lors de belles journées estivales au chapitre des activités nautiques, nos lacs sont très fréquentés et le nombre d’embarcations présentes sur nos plans d’eau à certaine période du jour est impressionnant compte tenu de la faible superficie de nos plans d’eau.

2.3.2 Superficie recommandable par activité nautique

Source: Corporation de gestion CHARMES et rapport BoucherIl faut noter que les superficies de nos lacs sont relativement faibles en comparaison aux valeurs requises pour la pratique de certaines activités comme l’indique le tableau ci-bas:

En faisant abstraction du lac des Monts qui a moins de 1,5 mètres de profondeur sur la majorité de sa superficie et qui est couvert de plantes aquatiques et selon les données du tableau précédent, il n’y a que le lac Simoneau dont la superficie excède le minimum de superficie recommandable permettant la pratique sécuritaire du ski nautique et des embarcations circulant jusqu’à 40 km/h.
Mais il importe de noter que la superficie du lac Simoneau est quand même bien inférieure puisqu’elle ne compte que pour 45% de la dimension minimum de un kilomètre carré recommandé dans le rapport Boucher comme plan d’eau pouvant, de façon sécuritaire, accommoder ce type de sport.
En supposant que ce lac aurait la dimension minimale de 1 km2, ce qui n’est pas le cas, la faible superficie du lac Simoneau permet à seulement deux bateaux de pratiquer le ski nautique simultanément dans le respect de la surface minimale sécuritaire recommandée pour la pratique de ce sport, tout en supposant que les autres activités nautiques sur ce lac sont interrompues.
C’est en comparant ces données que la nécessité de bannir les embarcations propulsées par un moteur à essence prend tout son sens sur l’ensemble des lacs de la Chaîne des Lacs. L’argumentaire énoncé à cette section du mémoire permet d’identifier un haut risque de collision entre deux embarcations dû au type d’activités qui requiert une vitesse supérieure à 10 km/h. Or, pour atteindre et dépasser une vitesse de 10 km/h, il est essentiel d’être propulsé par un moteur à essence.2.4 Causes et types d’accident sur les plans d’eau
Selon une analyse réalisée par une agence d’état américain « State accident investigation », les types d’incident mettant en cause une embarcation se catégorise comme suit :

Ces chiffres démontrent hors de tout doute que les risques d’accident le plus fréquent à bord d’une embarcation est une collision avec une autre embarcation. Il va de soi que la très petite superficie navigable sur nos lacs ne fait qu’amplifier cette probabilité.

2.5 Augmentation de la démographie riveraine


2.5.1 Dénaturalisation des berges de nos lacs
Selon le rapport de RAPPEL déposé à la municipalité du Canton d’Orford en février 2006 et tel qu’indiqué au tableau ci-dessous, nous pouvons noter que de 1979 à 1999 la qualité des rives sur l’ensemble des quatre (4) lacs s’est détériorée. En effet, en 1979, 61 % des rives du périmètre des lacs étaient à l’état naturel.
On y retrouvait des zones boisées surtout autour des lacs Simoneau et des Monts puisque ces secteurs étaient peu développés. D’ailleurs à cette époque, près du quart du périmètre total de la Chaîne des Lacs était classé faiblement et moyennement touché par l’artificialisation des berges, donc passablement à l’état naturel.

Source: Rapport SAGE de RAPPEL 1999, p. 35
Toutefois, le rapport souligne qu’entre les années 1993 à 1999, l’artificialisation des rives s’est poursuivie puisque la portion naturelle du rivage fait place graduellement à une artificialisation des rives durant cette période. Ainsi, l’artificialisation a augmenté de 6 % pour le lac Leclerc, 8 % pour les lacs Bran de scie et des Monts et de 14 % pour le lac Simoneau. En 1999, l’artificialisation sur ce dernier atteignait déjà 30 %.
Et cette artificialisation des rives s’est poursuivie, voire même accélérée au cours des dernières années, soit de 1999 à 2005 avec l’implantation de nouvelles résidences en bordure des lacs. Ceci a pour effet de fragiliser ainsi l’état de nos lacs et de les rendre encore plus vulnérables à l’utilisation croissante de bateaux à moteur à essence. Cette augmentation croissante de bateaux à moteur à essence est directement proportionnelle à la croissance de la population riveraine prise dans son sens large en incluant non seulement les riverains mais également les propriétaires de lots de deuxième rang ou ceux détenant des terrains avec droit d’accès.

Bref, si jadis ces lacs pouvaient supporter quelques embarcations à moteur à essence, il en est tout autrement dans la situation actuelle compte tenu de leur état de détérioration croissante, de l’accroissement de l’artificialisation des rives et de l’augmentation du nombre d’embarcations à moteur à essence tel que constaté dans le rapport de RAPPEL.


2.5.2 Croissance de la population riveraine
Depuis 1999, la rive EST du lac Simoneau a vu apparaître plusieurs nouvelles constructions ayant pour conséquences une nouvelle poussée de l’artificialisation des rives ainsi que l’accroissement marqué du nombre d’embarcations présentes sur nos lacs. Il en va de même pour le lac des Monts où plusieurs nouvelles constructions sont apparues sur le chemin de la Sagittaire durant cette même période créant ainsi une augmentation du nombre d’embarcations dont plusieurs sont mues par des moteurs à essence.
Pour avoir une meilleure idée de l’évolution démographique autour de nos lacs, nous avons comptabilisé le nombre de nouveaux permis accordés pour des constructions résidentielles neuves émis par la municipalité du Canton d’Orford depuis l’année 1998 à nos jours.
Le graphique produit ci-après, réalisé à partir de ces données, démontre bien la croissance actuelle de la démographie autour de nos lacs.
En effet, il y a eu une quarantaine de nouvelles résidences qui se sont construites en périphérie de nos lacs et cela durant les huit dernières années, pour une moyenne de cinq nouvelles résidences par année.

Source: Permis émis par la municipalité du Canton d’Orford (1998 à février 2006)

Ces données concernant l’augmentation de la démographie autour de nos lacs témoignent que l’artificialisation des rives s’est certainement accrue de façon significative au cours des dernières années et que le prochain rapport, suite à des relevés précis sur ce point, pourrait faire passer l’état de nos rives de naturelles à partiellement naturelles pour le lac des Monts et de partiellement naturelles à artificielles pour le lac Simoneau.
Ce constat milite en faveur de la plus élémentaire prudence quant au type d’activités que nous devons autoriser sur nos plans d’eau en 2006. Considérant l’impact futur qu’aura certainement l’augmentation des activités nautiques exercées par les riverains, dont nous sommes à même de le constater présentement, il est urgent de restreindre l’utilisation des embarcations rapides ainsi que les sports comme la traîne de pneumatique gonflable et le ski nautique, puisque ces activités ne comportent que des impacts fort négatifs de tout ordre sur nos plans d’eau.
Par surcroît, des projets de développement domiciliaire prennent actuellement place en deuxième et troisième lignes autour des lacs Simoneau et Bran de scie entre autres. Cette future croissance de la population autour des lacs aura elle aussi un impact important sur l’achalandage de bateaux moteurs à essence advenant qu’aucune réglementation ne soit mise de l’avant pour la Chaîne des Lacs.
De plus, nous avons d’ailleurs constaté qu’avec l’augmentation du nombre d’embarcations s’est aussi jumelée l’accroissement de la puissance des engins pour les propulser. Sur nos lacs, comment peut-on justifier ce besoin, sauf pour atteindre des vitesses records ou vaincre un adversaire ayant un plus petit moteur?


2.6 Nombre d’embarcations répertoriées autour des lacs
2.6.1 Type et nombre d’embarcations actuellement sur nos lacs
Il y a plusieurs types d’activités nautiques sur le plan d’eau : planche à voile, petit dériveur, kayak, natation, pédalo, chaloupe à propulsion électrique et à essence, motomarine, ponton électrique et à essence, ski nautique et la traîne de pneumatique gonflable. Il y a aussi une présence accrue d’embarcations propulsées par des moteurs de forte puissance (plus de 75 forces).
Pour connaître le nombre d’embarcations pouvant potentiellement être présentes sur nos lacs, nous avons procédé récemment à un relevé non exhaustif des embarcations tant sur les terrains que celles amarrées à un quai sur l’ensemble des quatre lacs. Le résultat est reproduit au tableau ci-après.

Nombre total d’embarcations sur les 4 lacs : 247
Source: Constat visuel par M. Claude Nadeau en avril 2006
Ce relevé fut effectué en avril 2006 et il ne tient pas compte du fait qu’à cette date plusieurs embarcations à moteur à essence ne sont pas encore présentes sur nos lacs. Il fait aussi abstraction du nombre d’embarcations à moteur à essence de visiteurs chez les riverains et de celles utilisant la descente publique lors de belles journées d’été. Compte tenu de ces prémisses, il ressort que le nombre d’embarcations à moteur à essence pouvant en 2006 utiliser les lacs de la Chaîne des Lacs doit être bien supérieur à celui des 57 embarcations répertoriés en avril 2006.
Ce relevé démontre donc qu’il y a un minimum de 57 embarcations à moteur à essence sur l’ensemble de nos quatre lacs ce qui représente 23 % des embarcations sur nos lacs. On peut aussi en conclure que plus des trois quarts des embarcations privilégiées par les riverains sont du type écologique.
Même s’il est difficile de qualifier la concentration de l’achalandage d’embarcations de plaisance en relation avec la dimension des lacs, l’exercice suivant nous en donne un aperçu. Ainsi en retenant que la superficie cumulée navigable des quatre lacs à un maximum de 40 km/h est de
0,51 km2 et que l’on divise cette surface par le nombre d’embarcations à moteur à essence répertorié, soit 57 embarcations, nous obtenons ainsi l’équivalent d’une embarcation à moteur à essence par 9 000 mètres carrés, soit l’équivalent d’un carré de 95 mètres de côté. Un tel scénario est fort réaliste en saison estivale. Cette densité d’embarcations à essence nous apparaît trop élevée en regard des règles de sécurité et du nombre d’embarcations écologiques qui sont présentes sur les lacs.
Si l’on tient compte de la faible superficie de nos lacs, lorsqu’une ou deux embarcations à moteur à essence circulent à haute vitesse, elles prennent automatiquement le contrôle du lac et nous constatons que la navigation devient dangereuse pour les embarcations écologiques. À titre d’exemple sur le lac Bran de Scie, nous pouvons voir régulièrement des gens qui pratiquent le ski nautique, la traîne de pneumatique gonflable ou encore l’usage de motomarine. Il va s’en dire que dès que ce type de navigation se manifeste, il ne reste aucune autre alternative pour les autres plaisanciers que de se retirer des eaux afin d’éviter d’être frappés par une embarcation. Nous avons souvent vu des kayakistes ou des pédalos chercher l’embouchure pour s’extirper de cette navigation dangereuse. À notre avis, comment les opérateurs de ces engins peuvent-ils respecter la réglementation alors que la pratique sécuritaire de ce sport doit, dans la mesure du possible, respectée un trajet rectiligne alors que le lac ne fait que 0,09 km2 de surface navigable à un maximum de 40 km/h ? C’est tout simplement impossible, voire excessivement dangereux, surtout s’il y a présence de d’autres embarcations sur ce lac.
La géographie et la dimension de nos lacs poussent inévitablement la très forte majorité des usagers de bateaux propulsés par un moteur de forte puissance à fréquenter le lac Simoneau comme aire de jeux, car ce lac dispose de la plus grande superficie de l’ensemble de la Chaîne des lacs.
Ainsi, on constate que la densité des bateaux à moteur à essence sur le lac Simoneau est bien plus élevée que celle générée par la présence des seuls bateaux à moteur à essence des riverains de ce lac. Il va s’en dire que cette concentration de bateaux à propulsion à essence, principalement sur un seul lac de faible dimension, incommode plusieurs de ses riverains et aggrave d’autant plus l’aspect sécurité des autres plaisanciers.
Dans ces circonstances, les conducteurs de bateaux à moteur à essence, s’ils veulent circuler à
40 km/h, doivent constamment effectuer des manœuvres risquées pour éviter d’autres utilisateurs présents sur le lac. La forte puissance de ces engins fait en sorte qu’aussitôt partis, ils ont atteint l’extrémité du lac.


3.0 Sécurité sur nos plans d’eau


3.1 La sécurité pour les nageurs et l’utilisation écologique des plans d’eau
La faible superficie de nos lacs permet à de bons nageurs de les traverser facilement à la nage. Malgré que nous n’ayons aucune perte de vie à ce jour due à l’utilisation des moteurs à essence, des nageurs, des kayakistes et des planchistes nous ont rapporté avoir été aperçus à la dernière minute. Cependant, il est téméraire pour ces derniers de tenter une traversée sans avoir une embarcation d’escorte afin de faire le guet et de tenter de faire dévier de leur route les embarcations à moteur à essence puisqu’un nageur ne peut facilement être vu surtout en dehors de la zone de sécurité constituée par les 30 mètres de protection.
Même les risques de collision entre embarcations ne sont pas exclus sur nos petits lacs. À preuve, durant l’été 2005, une chaloupe équipée d’un moteur vieux modèle de 25 forces environ, ayant 4 personnes à son bord, se dirigeait tout droit vers deux kayakistes et ce, malgré les cris de ces derniers. L’inclinaison de l’embarcation empêchait l’opérateur de les apercevoir et le bruit intense produit par son moteur ne lui permettait pas d’entendre les cris d’alarme. C’est un individu sur un ponton qui a réussi à attirer son attention et ainsi éviter l’impact. Nous croyons malheureusement qu’il pourrait y avoir avant longtemps un accident grave sur le lac Bran de Scie ou Simoneau à cause de la vitesse et du grand nombre d’embarcations qui fréquentent ces lacs.
Les engins sont de plus en plus puissants (75 forces et plus) et, comme démontré précédemment, leur nombre s’accroît annuellement. La puissance de ces engins augmente la popularité de la traîne de pneumatique gonfable à partir de motomarine et de ponton sur le lac Simoneau entre autres. Cette nouvelle activité majore les risques d’accident puisque la manœuvrabilité de pontons à haute vitesse est très discutable. Ainsi, sans retenir individuellement ou en détail chacune des problématiques relatives aux embarcations à moteur à essence, nous formulons l’opinion qu’à partir de notre expérience antérieure, le vécu sous la réglementation actuelle rend périlleuse l’utilisation harmonieuse et écologique de la bande de 30 mètres réservée à une vitesse inférieure à 10 km/h.


3.2 Le manque de courtoisie de certains plaisanciers
Il a été mentionné précédemment que la dimension de nos lacs et la vitesse maximale actuellement permise sur ceux-ci ne vont pas de pair puisque dès qu’une ou même deux embarcations à moteur à essence circulent à grande vitesse ou pratiquent le ski nautique sur nos lacs, il n’y a plus d’espace pour les autres plaisanciers. Ces derniers ont tout intérêt à se tenir très près des rives. Même si vous êtes à l’ancre près de la rive avec un canot pour y pêcher, il n’en demeure pas moins vrai que les vagues occasionnées par ces embarcations circulant à haute vitesse vous incommodent grandement.
Puisque les lacs sont de faible dimension et que le temps requis pour les traverser est très court, le va et vient incessant des embarcations à moteur présent sur le lac, les vagues ainsi que le bruit qu’elles causent, ont tôt fait de vous évincer de votre point d’ancrage et vous regagnez votre quai jusqu’à ce que les activités s’amenuisent d’autant plus que certains plaisanciers profitent de leur supériorité (force de moteur) pour vous faire sentir comme personne « non gratta ».
Il arrive même que deux pontons et plus s’amarrent ensemble pendant de longues heures dans la zone des 30 premiers mètres pour servir de base de lancement pour des activités de ski nautique pratiqué à l’aide d’une motomarine car il semble plus facile de partir en ski nautique bien assis sur le plancher d’un ponton.
Encore une fois, la dimension de nos lacs est incompatible avec l’utilisation d’embarcations avec moteur à essence et particulièrement avec ces engins de forte puissance.

3.3 Le manque de signalisation adéquate concernant les limites de vitesse
Les limites de vitesse sur nos lacs sont indiquées aux embouchures par des enseignes élaborées et mises en place par notre association telles qu’illustrées à l’article 2.2.1 de ce présent mémoire. Ces panneaux, qui sont très explicites, indiquent clairement les limites de vitesse prescrites par la réglementation en vigueur. Ces panneaux installés depuis quelques années répondent aux besoins exprimés par nos membres qui ont revendiqué pendant plusieurs années cette signalisation afin de sensibiliser les navigateurs au fait qu’ils doivent respecter cette ligne de conduite selon la réglementation établie.
Quoi qu’il en soit, la situation actuelle fait en sorte que nous sommes à même de constater que ce sont souvent les riverains de la Chaîne des Lacs qui se permettent de ne pas respecter cette législation tant sur les limitations de vitesse que sur le respect des bandes de sécurité de 30 mètres de la rive alors que ceux-ci en connaissent tous les détails. Nous pouvons raisonnablement supposer que les riverains connaissent bien la réglementation en vigueur. Mais, comment changer le comportement des navigateurs-contrevenants?
De plus, depuis les sept dernières années, il n’y a eu aucune bouée banalisant les zones de 30 mètres des rives, malgré la promesse réitérée l’an dernier par la patrouille nautique. De ce fait, il est certain que les plaisanciers qui utilisent les rives des lacs pour des activités douces ne jouissent pas de cette bande de sécurité bien identifiée par des bouées qui les protègeraient des incursions des bateaux avec moteur à essence lesquels pénètrent souvent dans cette zone au détriment de la sécurité des autres usagers de ces plans d’eau. Nous croyons que la présence de bouées aiderait à localiser la zone de 30 mètres mais, en aucun temps, elles permettront de régler l’anomalie qui existe entre les déplacements sur les lacs avec des moteurs à essence versus la dimension des derniers.


3.4 La difficulté de mise en application de la réglementation
Lors de la dernière assemblée annuelle de l’Association des Riverains de la Chaîne des Lacs en juin 2005, deux agents de la patrouille nautique sont venus nous renseigner sur la sécurité nautique et sur la réglementation en vigueur. Ces derniers s’étaient même engagés à venir installer pour la saison 2005 des bouées délimitant la zone de 30 mètres de sécurité en périmètre des rives. Ils devaient aussi patrouiller occasionnellement nos lacs pour assurer un contrôle de la vitesse des embarcations et même expliquer aux plaisanciers la manière de reconnaître les excès de vitesse d’une embarcation.
Or, aucun riverain n’a pu bénéficier de ces précieux repères qui devaient être fournis par ces agents. Le fait qu’ils viendraient rencontrer les riverains d’un à deux jours par saison estivale n’est pas suffisant pour changer le comportement de certains plaisanciers. Qui d’entre nous n’a pas eu une contravention pour un excès de vitesse ou un virage interdit selon le code de sécurité routière malgré la présence bien plus fréquente des policiers sur nos routes. Bref, ce ne sont pas deux visites par saison qui auraient instauré un sentiment de respect face aux restrictions en vigueur. De plus, il faut aussi noter que si la patrouille nautique viendrait un jour sur nos lacs, elle devra alors parader sur le lac des Monts et le lac Leclerc avant d’arriver au lac Simoneau puisqu’elle devra mettre son embarcation à l’eau au lac des Monts. Vous comprendrez qu’il n’y aura pas beaucoup d’infraction cette journée-là. Malheureusement, la solution ne réside pas là.
3.5 Le peu de ressources humaines à la surveillance et à l’application des lois
Le territoire de la municipalité du Canton d’Orford ainsi que celui des municipalités environnantes sont parsemés d’une multitude de lacs qui nécessitent une surveillance de la part des agents. Sans connaître avec précision le nombre de lacs qui doivent être patrouillés par les agents qui viennent nous entretenir lors de notre assemblée annuelle de l’association, on peut estimer qu’ils ont un minimum de 12 plans d’eau à superviser, dans ces circonstances, il est illusoire de croire que l’ensemble des lacs du Canton Orford puissent être supervisés régulièrement par la patrouille nautique étant donné la grandeur du territoire. Puisque plusieurs des lacs des environs sont bien plus importants en termes de superficie et de population que nos quatre petits lacs, il va de soi que le travail des agents disponibles est concentré sur les autres plans d’eau.
De ce constat, il s’avère que la mise en application de la réglementation actuelle sur nos lacs est quasi impossible dans le cadre législatif actuel. Malgré les changements au règlement de limite de vitesse imposée en 1998 et indiqués bien en évidence sur des panneaux situés à l’entrée et à la sortie de nos lacs, nous sommes à même d’être devant un constat d’échec. La dernière législation découlait d’une première intervention de l’Association des riverains de la Chaîne des lacs qui voyant l’augmentation de la population, la détérioration de l’environnement et de la sécurité nautique, a demandé à la municipalité du Canton d’Orford de légiférer en 1998. À cette date, contrairement à la demande de réduire la vitesse maximale à 25 km/h, cette dernière a opté pour fixer cette limite à 40 km/h au-delà de la limite des 30 mètres des rives. Nous sommes aujourd’hui, 8 ans plus tard, toujours face à la même problématique, qui à cause de l’accroissement de la population, n’a cessé de s’amplifier.


3.6 Le peu de ressources financières consacrées à la sécurité nautique
Comme démontré dans la section précédente, la proportion d’agents par rapport au nombre de lacs à contrôler est faible et les ressources affectées à cette fonction sont insuffisantes. Il va de soi qu’il faudrait consacrer beaucoup plus de ressources si l’on veut que le contrôle soit bien assuré.
Or, puisqu’il ne serait pas économiquement valable de pourvoir une équipe d’agents pour chacun des lacs afin de contrôler le respect de la législation actuelle et assurer ainsi la sécurité directe de chacun de ces plans d’eau, il va de soi que les premiers lacs où il n’y a pas de surveillance sont les très petits lacs.
Voilà pourquoi nos lacs sont laissés pour compte dans cette équation économique. Dans ce même aspect économique, la mise en application de la réglementation actuelle sur nos lacs est impossible surtout dans le cadre législatif actuel. C’est pourquoi la restriction demandant l’abolition des moteurs à essence ferait en sorte d’assurer à perpétuité, avec plus de facilité, le respect de cette règle sécuritaire de navigation. La présence de la patrouille pourrait alors se faire uniquement pour la sensibilisation de la sécurité nautique (VFI, accessoires et permis).


4.0 Impacts sur l’environnement


4.1 État de la situation
Sans répéter toutes les conclusions du rapport SAGE de RAPPEL de février 2006 sur l’environnement global du bassin versant de la Chaîne des Lacs, nous préférons reprendre que les principaux encadrés soulignant l’état de dégradation de nos lacs:
• L’ensemble des lacs montre une très faible concentration d’oxygène dissous à la fin de l’été. À certains moments, il ne reste plus d’oxygène. L’anoxie à l’interface eau/sédiments favorise le relargage du phosphore contenu dans les sédiments.
• Il est essentiel de préserver les bandes riveraines et l’encadrement forestier tout autour des lacs.
• Déjà en 1979, le ministère des richesses naturelles considérait que la capacité de support des lacs Bran de Scie et Simoneau était atteinte et ce dernier conseillait de limiter le développement.
• Les seules données disponibles concernant les plantes aquatiques sont celles de 1979. Ces données datant de plus de 25 ans.
• Les lacs Bran de Scie, Leclerc, et des Monts se retrouvent à différents stades dans la catégorie des lacs mésotrophes tandis que le lac Simoneau présente plutôt les caractéristiques d’un lac variant entre l’oligotrophe (lac improductif avec un faible apport d’un nutriment important) et le début de la phase du mésotrophe (lac ayant un apport moyen de nutriment).
• De façon générale, les bandes riveraines ne sont souvent pas assez larges pour accomplir efficacement leur rôle.
Bref, ces lacs sont en danger et le fait de les exploiter avec des embarcations à moteur à essence ne fait qu’aggraver une situation déjà catastrophique.
Le lac des Monts est très diversifié et ses herbiers aquatiques sont des habitats à conserver autant pour les poissons que pour la sauvagine. Ce sont d’ailleurs ces herbiers qui expliquent que le lac des Monts présente le plus grand potentiel pour le frai, la nourriture, les abris et la sauvagine. C’est pourquoi il est particulièrement important de protéger ce lac.


4.2 Impacts des embarcations à moteur à essence sur nos lacs
L’impact de la présence des bateaux propulsés par un moteur à essence sur nos lacs peut se résumé en cinq points, à savoir :
• La pollution de l’eau résultant de l’utilisation d’essence comme carburant par des moteurs à deux (2) et à quatre (4) temps;
• La pollution sonore créée par des moteurs vieillots et surtout par l’utilisation de la motomarine de génération précédente;
• L’érosion des berges créée par le sillage laissé par les bateaux moteurs qui frôlent ces dernières;
• Le brassage des sédiments lorsque les bateaux circulent à grande vitesse sur les plans d’eau et que la profondeur est de 1,5 m et moins;
• La prolifération de plantes aquatiques lorsque celles-ci sont coupées par les hélices de bateaux moteurs.
Or, une très grande proportion des embarcations présentes sur nos lacs sont encore propulsées par des moteurs à deux temps. Nul besoin de démontrer que ce type de motorisation a pour particularité de rejeter dans nos plans d’eau de 25 % à 33 % de l’essence et d’huile qu’elles consomment. Il est évident que ces composantes d’hydrocarbures s’attaquent à toutes les formes de vie aquatique.
Puisque les particularités des couches géologiques du sous-sol empêchent de forer et de puiser un volume d’eau adéquat pour la consommation journalière d’une famille, plusieurs résidences riveraines puisent donc leur eau potable dans le lac adjacent. Il en va de soi que l’utilisation des moteurs à essence sur nos lacs ne peut avoir qu’un effet négatif sur la santé pour les riverains qui consomment cette eau pour leur besoin.
La profondeur, la dimension de nos lacs ainsi que la fragilité de nos rives de plus en plus artificialisées, jumelées à la présence d’embarcations à moteur à essence dans les conditions actuelles favorisent l’effet d’érosion des rives et contribuent ainsi à l’accélération de la détérioration de l’état des lacs.
Cet effet est davantage amplifié par le non respect des limites de vitesse des embarcations dont les vagues viennent gruger la rive à plusieurs reprises. De plus, la circulation maritime est augmentée par la faible dimension des lacs obligeant les plaisanciers à répéter le même trajet plusieurs fois.
Également, suite à une très forte pluie, le niveau des lacs peut s’élever de 30 centimètres en quelques jours et l’effet de l’érosion atteint un niveau 30 centimètres plus élevé. Cela entraîne une augmentation de la détérioration de la rive occasionnée par une érosion sur une surface plus élevée se traduisant par une production de plus de sédiment.
Si l’on se réfère aussi au chapitre du présent mémoire qui traite de la géographie et de la faible profondeur des lacs, nous sommes à même de constater que la présence d’embarcations à moteur à essence circulant sur ces derniers accélère la prolifération des plantes aquatiques par effet de segmentation et leurs dispersions dans les fonds marins avoisinants. Cette situation est rapportée dans la littérature sur le sujet de même que dans le rapport SAGE, surtout pour le « potamots ». Cela est d’autant véridique lorsque la profondeur du lac atteint à peine 1,5 m.
Qui plus est, la circulation à haute vitesse des embarcations dans les zones de faible profondeur remet constamment en suspension les sédiments qui sont présents sur les fonds. Cela contribue ainsi à leur dispersion, diminue la limpidité de l’eau des lacs et exige un apport important d’oxygène pour digérer les sédiments végétaux en suspension.


En résumé, l’utilisation des moteurs à essence amplifie l’accélération de la détérioration des eaux de la Chaîne des Lacs. C’est pourquoi le rapport SAGE de RAPPEL, déposé à la municipalité du Canton d’Orford en février 2006, fait cette recommandation pour l’ensemble des lacs de la Chaîne des Lacs:
À cause des impacts des embarcations motorisées sur les rives (l’érosion par les vagues, remise en suspension des sédiments, perturbation des zones de frayère et de nidification), il est suggéré de sensibiliser et d’informer les riverains afin qu’ils limitent leur vitesse à un maximum de 10 km/h à l’intérieur d’une bande de 50 mètres de toute rive (et non à 30 mètres tel que requis présentement). De plus il est suggéré d’utiliser des moteurs électriques plutôt qu’à essence afin de diminuer les risques de pollution par le rejet d’hydrocarbures.5.0 Pistes de solution et analyse
Nous avons examiné l’ensemble des problématiques et nous avons dégagé trois pistes de solution possibles face à la situation actuelle. Ces pistes sont les suivantes :

• Réduction de la vitesse à 10 km/h pour l’ensemble des lacs;
• Élimination des bateaux à propulsion mécanique, sauf ceux propulsés par un moteur électrique;
• Réduction des heures permises pour certaines activités ou élimination de certaines activités.
Pour chacune de ces solutions, nous avons procédé à une analyse à partir d’une grille qui permet de valider si la piste identifiée éliminerait toutes les problématiques soulevées. Pour ce faire, nous avons dressé une table de validation qui est reproduite dans le tableau suivant. Cette table est établie avec un critère de pondération de 0 à 4 où 0 représente aucun impact sur la problématique et 4 signifie la résolution complète de la problématique. (Voir à cet effet, la grille d’évaluation suivante)

 

A l’aide de ce tableau, nous avons tenté de valider pour chacune des solutions proposées laquelle solution règlerait les problématiques identifiées. À cet égard, nous avons élaboré plus précisément chacune des solutions explorées en fonction de leurs impacts tant sur le volet sécurité, environnement et démographie en croissance. À la lecture des pointages accordés à chacune des solutions, il ressort que très clairement que la meilleur solution consiste à éliminer les bateaux propulsés par un moteur à essence.


5.1 Réduction de la vitesse à 10 km/h
Dans un premier temps, cette solution présente plusieurs avantages et elle pourrait être identifiée comme étant valable puisqu’elle permettrait :
• D’améliorer grandement le volet sécurité sur nos lacs en réduisant la vitesse des embarcations et ainsi en donnant plus de temps de réaction aux conducteurs des embarcations tout en fournissant un plus grand sentiment de sécurité pour les autres plaisanciers;
• D’amoindrir l’érosion des berges, l’impact du bruit, l’accélération de la vitesse de détérioration de nos lacs au niveau environnemental;
• De réduire le risque de collision même si le nombre de bateaux sur nos lacs augmente et ce dans un contexte d’accroissement démographique. Cela serait plus réaliste compte tenu de la dimension de nos lacs.
Bref, réduire la vitesse à 10 km/h est une solution de compromis avec un pointage de 13 établie selon la grille d’évaluation précédemment décrite. Toutefois, le désavantage de cette solution est la possibilité de la présence accrue de moteurs deux temps qui pollueraient davantage. C’est pourquoi cette solution pour être acceptable devrait être accompagner d’une restriction quant à l’utilisation de moteurs deux temps. Une période de deux ans est suggérée pour la transition. Par la suite, seulement les moteurs quatre temps seraient permis, mais circulant à une vitesse maximale de 10 km/h.
Cette solution présente l’inconvénient que les riverains vont continuer à subir le non-respect de ce règlement. De plus, l’utilisation de moteur à essence de grande puissance fonctionnant à faible vitesse dégage plus d’éléments polluants.5.2 Limitation des plages horaires et/ou des activités
Ces solutions ont été regroupées et analysées ensemble parce que prises individuellement, aucune d’entre elles ne présentait un intérêt significatif pour solutionner nos problèmes. Cependant, si nous combinons la limitation des plages horaires et celle des activités nautiques, dans ce cas elles permettraient :


• D’améliorer le volet sécurité si l’une ou l’autre des activités est éliminée.
• Si la limitation des plages horaires est retenue et respectée, les risques d’accident seront moindres entre les utilisateurs d’activités douces puisqu’ils sont absents des plans d’eau durant ces périodes, sauf que le nombre d’embarcations risque d’augmenter pendant ces plages horaires annulant ainsi le gain au niveau de la sécurité.
Dans ces circonstances, cette solution ayant obtenu un pointage de 7 ne saurait être retenue sans compter les difficultés de contrôle qu’elle implique.5.3 Élimination des bateaux propulsés par un moteur à essence
Cette solution présente plusieurs avantages face aux problématiques énoncées précédemment puisqu’elle:
• Améliore sans contredit l’aspect sécurité sur nos lacs;
• Réduit la vitesse d’érosion des berges de nos lacs;
• Élimine le bruit causé par les motomarines et les vieux moteurs à deux temps;
• Élimine les risques de pollution par l’essence et leurs effets sur la qualité de l’eau de nos lacs compte tenu que plusieurs résidents utilisent l’eau du lac comme eau de consommation;
• Diminue la vitesse de détérioration de nos lacs par les plantes et la mise en suspension des sédiments;
• Permet une meilleure distribution des embarcations sur l’ensemble des quatre lacs;
• Est appropriée à la dimension géographique de nos plans d’eau;
• Est une mesure facile à mettre en application;
• Offre aussi l’avantage d’être aisément contrôlable et ce, à un coût minime.En résumé, cette solution présente plusieurs avantages et va dans le sens de la volonté de la majorité des membres de l’Association des riverains de la Chaîne des Lacs, lesquels se sont exprimés démocratiquement et majoritairement lors de la dernière assemblée annuelle en juin 2005.

6.0 Un cas vécu : le lac Caribou


Lors de la préparation de ce mémoire, nous avons découvert une association qui a aussi fait une demande à leurs municipalités pour obtenir la même restriction que l’Association des Riverains de la Chaîne des Lacs concernant l’élimination des bateaux à moteur à essence.
Ce qui est encore plus étonnant, c’est de constater les similitudes quant à leur façon de procéder et ce qui est encore plus intéressant, ce sont les préoccupations communes de nos associations respectives.
Cette association est située à Saint-Faustin-Lac-Carré dans les Laurentides. Elle possède un site WEB à l’adresse suivante : http://www.apelc.net
Voici un résumé du dossier de l’Association pour la Protection de l’Environnement du Lac Caribou (APELC) à partir d’extraits de la documentation reçue.
• Le lac Caribou a une superficie navigable réduite de 45 % en excluant les zones trop peu profondes; (Pour les 4 lacs de la Chaîne des lacs, il s’agit d’une réduction de 43 %)
• La profondeur moyenne du lac Caribou est d’environ 6 mètres donc peu profonde; (Pour les 4 lacs de la Chaîne des lacs, la profondeur est aussi d’environ 6 mètres)
• Une partie importante du lac Caribou a une profondeur de trois mètres et moins; (Une partie importante des 4 lacs de la Chaîne des lacs a une profondeur de 1,5 mètres et moins)
• La largeur du lac Caribou, dans sa partie la plus large, fait à peine 300 mètres. (La largeur des lacs des Monts et Bran de scie dans leur partie la plus large est d’environ 230 mètres et celle du lac Simoneau dans sa partie la plus large est d’environ 500 mètres)
Le lac Caribou est le seul lac de Saint-Faustin-Lac-Carré à avoir encore des bateaux à propulsion mécanique. De ce fait, il existe une pression élevée, accrue et marquée des embarcations motorisées visiteuses.
Les principaux effets de la circulation des embarcations motorisées notés par l’Association pour la Protection de l’Environnement du Lac Caribou sur leur plan d’eau sont les suivants et ils sont semblables à ceux identifiés sur les 4 plans d’eau de la Chaîne des lacs.
• Hydrocarbures (rejet d’essence et d’huile dans l’eau);
• Bruit (pollution agressive d’effet sonore tant pour l’humain que pour la faune);
• Odeurs nauséabondes (vapeurs d’essence et d’huile imbrûlées et sous-produits de combustion);
• Dégradation de l’eau (diminution de l’oxygénation et de la pénétration de lumière, perturbant ainsi les écosystèmes aquatiques);
• Agression des frayères et zones de nidification;
• Érosion des rives (les vagues des embarcations motorisées lessivent des éléments nutritifs favorisant la prolifération de plantes aquatiques et nuisent considérablement à l’enracinement des nouvelles plantations pour la renaturalisation des rives);
• Sécurité (superficie navigable très peu étendue augmente dangereusement les risques d’accidents).
Les bateaux à moteur à essence circulant à haute vitesse nuisent à la pratique d’activités non motorisées. La présence d’un ou plusieurs bateaux et/ou motomarines dissuade bien des baigneurs et utilisateurs d’embarcations de plaisance (voile, planche à voile, canot, pédalo, etc.) d’agréables sorties de détente pour profiter en tout temps du calme des lieux et des sons apaisants de la nature.
Nos deux associations s’inquiètent grandement des conséquences de l’utilisation d’embarcations motorisées sur nos plans d’eau qui présentent des signes d’eutrophisation très significatifs. Les embarcations motorisées ne peuvent que contribuer rapidement à la pollution de l’eau, l’érosion des berges, la multiplication d’algues, de plantes aquatiques et/ou autres espèces ainsi qu’à la perturbation des fonds sédimentaires.
La mission de l’APELC vise la protection de l’environnement du lac Caribou tout comme l’Association des Riverains de la Chaîne des Lacs.
Notre mémoire était terminé à 95 % lorsque nous avons été informés de la demande de cette association et de sa démarche auprès des municipalités de Montcalm et de Saint-Faustin. Nous avons été étonnés et grandement surpris de constater autant de similitudes entre leur dossier et le nôtre.
Suite à la présentation de leur demande, les municipalités de Montcalm et de St-Faustin ont procédé à une consultation populaire. Or, pour le cas du lac Caribou, il fallait l’assentiment des deux municipalités impliquées, ce qui est bien plus complexe à concilier que la présente demande de l’Association des Riverains de la Chaîne des Lacs qui s’adresse qu’à une seule municipalité.
Nous vous invitons à lire les résolutions des municipalités de Montcalm et de St-Faustin en annexe 3. Vous constaterez que nous parlons ici d’un dossier récent et d’actualité. La présente démarche se fait selon la même procédure utilisée par l’APELC.

7.0 Recommandation et conclusion
L’élimination des bateaux à moteur à essence sur la Chaîne des lacs aurait pour effet d’améliorer grandement la sécurité nautique sur nos plans d’eau puisqu’elle règlerait les problèmes de vitesse, de densité d’embarcations sur nos lacs et faciliterait la mise en application de cette réglementation.
Compte tenu de l’état actuel des lacs, de leur morphologie, de l’augmentation de la population riveraine, de l’artificialisation des rives, il devient évident que l’utilisation de bateaux propulsés par un moteur à essence ne fait qu’aggraver la situation et favorise la dégradation accélérée de nos plans d’eau. Il est urgent d’agir en appliquant des règles restrictives afin de protéger cet environnement commun.
En conclusion, par le dépôt de ce mémoire que nous présentons à la municipalité du Canton d’Orford, l’Association des Riverains de la Chaîne des Lacs demande à celle-ci de recommander à Pêches et Océans Canada de légiférer en faveur d’une restriction à la conduite des bateaux. Seules les embarcations utilisant la force humaine ou un moteur électrique seraient autorisées sur les plans d’eau faisant partie de la Chaîne des Lacs.
Cette recommandation considère les aspects relatifs à la sécurité nautique dans un premier temps et elle rejoint aussi les préoccupations environnementales des riverains. Elle se veut aussi une solution d’avenir qui tient compte de l’accroissement de la population riveraine et de la dimension relativement faible de ces plans d’eau. Elle est aussi conforme aux recommandations du rapport sur le diagnostic environnemental global de la Chaîne des Lacs tel qu’exprimé dans le rapport SAGE. De plus, elle est exactement en lien avec les politiques de développement durable puisque cette solution est porteuse d’avenir pour la santé de nos cours d’eau et nous croyons qu’elle accroîtra la valeur de notre milieu. Elle favorise aussi notre contribution au protocole de Kyoto visant la réduction des gaz à effet de serre. Vous conviendrez que la technologie des moteurs électriques pouvant déplacer un ponton justifie un tel changement. Auparavant, il n’existait pas de solution de rechange, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Enfin, cette recommandation est aussi conforme avec la volonté de la majorité des membres de l’Association des riverains de la Chaîne des lacs qui se sont exprimés démocratiquement lors de la dernière assemblée annuelle en juin 2005.

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